LES MACROPHYTES DU LEMAN ...
Ces plantes lacustres si mal connues
Les macrophytes sont des plantes lacustres dont l’étude est importante car elles ont une bonne valeur indicatrice du degré de pollution. La CIPEL a donc donné mandat à un bureau d’études d’environnement (ECOTEC) de réaliser une étude exhaustive sur ce thème. Il s’agit de la deuxième recherche du genre : la première avait été effectuée en 1975, au moment où la qualité de l’eau était la plus mauvaise. L’étude effectuée en 1997-98 actualise ces connaissances avec les moyens techniques modernes (cartographie informatique, localisation par satellite, etc.). La comparaison des résultats permet d’estimer les effets des efforts importants consentis pour améliorer la qualité de l’eau.
Les principaux objectifs de l’étude sur les macrophytes :
Etablir un diagnostic de la valeur écologique actuelle de la zone littorale
Evaluer les effets de l’amélioration de la qualité de l’eau du Léman
Répertorier les sites de valeur particulièrement élevée
Proposer des mesures de gestion de la zone littorale (protection, restauration).
Algues ou macrophytes ?
Souvent confondus avec les algues (plancton végétal ou algues filamenteuses), les macrophytes sont en fait des plantes comparables à celles de nos prés ou de nos jardins : généralement de grande taille, ils possèdent des racines, une tige, des feuilles et des fleurs. Plusieurs types de plantes aquatiques sont compris dans les macrophytes du Léman : les plantes émergentes, les plantes à organes submergés et flottants et les plantes ordinairement submergées.
Généralement difficiles à voir depuis la surface, les macrophytes submergés sont - et de loin - les plus abondants. Ils peuvent former des herbiers denses qui recouvrent entièrement le fond du lac. En été, certaines espèces atteignent la surface pour fleurir.
Les macrophytes flottants, comme les nénuphars, ne se développent que dans des zones calmes, très rares autour du Léman.
Les macrophytes émergents, comme le roseau, le scirpe et la massette, ne peuvent se développer qu’à l’interface eau-terre lorsque la rive est encore naturelle, soit sur moins de 5 % du pourtour du Léman.
POURQUOI S’INTÉRESSER AUX MACROPHYTES ?
Rôle dans l’écosystème aquatique
Les macrophytes jouent un rôle très important dans la zone peu profonde du lac, la beine, qui est la plus riche en faune et en flore aquatique. Ils font partie d’un système complexe avec d’autres organismes comme les invertébrés benthiques (vers, mollusques, crustacés, insectes, etc.), les poissons et les oiseaux d’eau. Les macrophytes peuvent leur servir de base alimentaire, d’habitat, de lieux de refuge, de nourrissage et de reproduction. De plus, comme toutes les plantes vertes, ils produisent de l’oxygène par photosynthèse.
Valeur indicatrice du degré de pollution
Les macrophytes sont sensibles à la qualité de l’eau et du sédiment. La présence, la prolifération ou au contraire la disparition d’espèces de macrophytes indiquent des niveaux de pollution différents.
La végétation aquatique fait partie intégrante de l’équilibre naturel complexe d’un lac. Sa diversité est le gage d’une valeur écologique élevée et toute atteinte à son intégrité aura des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème.
Méthode utilisée
Le travail de terrain se base sur une couverture de photos aériennes permettant la localisation des herbiers. Les relevés de végétation sont effectués à partir d’un bateau à l’aide d’un grappin ou en plongée. La profondeur, la nature des fonds, la surface colonisée, la densité et la répartition des espèces sont notées.
L’ensemble des données recueillies est traité par ordinateur dans un système d’information géographique.
ETAT ACTUEL DES MACROPHYTES DU LÉMAN
La zone littorale et la rive
L’artificialisation et le remblai des rives du Léman n’est pas un phénomène récent. Les rives naturelles, potentiellement colonisables par les macrophytes émergents (roseau, scirpe, massette), sont très rares autour du Léman.
Les marais côtiers formant une entité fonctionnelle se résument principalement au site des Grangettes, entre Villeneuve et le Rhône (VD). Quelques roseaux aquatiques subsistent également à Chens (F) et à la Pointe-à-la-Bise (GE).
Pour cette étude, plus de 100 km de rive ont été étudiés. Il apparaît que la zone littorale recensée, dont la largeur varie entre quelques mètres et plus de 500 m, est colonisée sur 40 % de sa surface, ceci jusqu’à une profondeur moyenne de 6-7 mètres avec quelques exceptions jusqu’à 10 m.
Les principales espèces de macrophytes
L’étude a permis de recenser 21 espèces (ou groupes d’espèces) de macrophytes.
La plus abondante est nettement le potamot pectiné (Potamogeton pectinatus) qui, quantitativement, constitue la moitié des herbiers recensés. Cette espèce est également très commune dans la plupart des lacs du Plateau suisse.
Il faut noter le développement très important des characées (Chara, Nitellopsis), qui sont actuellement bien réparties autour du Léman. Ces plantes aquatiques sont particulièrement intéressantes par leur rôle d’indicateur car elles supportent mal la pollution des eaux.
Autre particularité intéressante, l’expansion récente d’une élodée (Elodea nuttallii), originaire d’Amérique du Nord. Cette plante d’aquarium, introduite accidentellement depuis moins de 10 ans, colonise actuellement de nombreuses zones calmes, comme les ports, où son développement est impressionnant.
Il faut également noter la pauvreté de la flore lémanique en macrophytes émergents et flottants (roseau, scirpe, massette, nénuphar). Les rares roselières aquatiques ne représentent que 1 % de l’abondance totale de la végétation macrophytique recensée.
LISTE DES MACROPHYTES RECENSÉS DANS LA ZONE LITTORALE DU LÉMAN (étangs, marais et affluents non compris) |
| Nom français |
Nom scientifique |
| Plantes émergentes |
|
| Phalaris roseau |
Phalaris arundinacea |
| Roseau commun |
Phragmites australis |
| Scirpe commun |
Scirpus lacustris |
| Massette à larges feuilles |
Typha latifolia |
| Plantes fixées, à feuilles flottantes |
|
| Nénuphar blanc |
Nymphaea alba |
| Plantes submergées, fixées |
|
| Callitriche |
Callitriche |
| Cornifle immergé |
Ceratophyllum demersum |
| Lustre d’eau |
Characées |
| Elodée canadienne |
Elodea canadensis |
| Elodée de Nuttalli |
Elodea nuttallii |
| Potamot serré |
Groenlandia densa |
| Myriophylle en épi |
Myriophyllum spicatum |
| Potamot crépu |
Potamogeton crispus |
| Potamot hybride |
Potamogeton decipiens |
| Potamot graminée |
Potamogeton gramineus |
| Potamot luisant |
Potamogeton lucens |
| Potamot pectiné |
Potamogeton pectinatus |
| Potamot perfolié |
Potamogeton perfoliatus |
| Potamot fluet |
Potamogeton gr. pusillus |
| Renoncule lâche |
Ranunculus trichophyllus |
| Zannichellie des marais |
Zannichellia palustris |
Le faucardage ou fauchage
Les macrophytes sont souvent perçus comme une gêne pour les baigneurs et les navigateurs. Afin de limiter leur développement, ils sont localement fauchés mécaniquement ou arrachés manuellement. Ces pratiques sont peu efficaces et peuvent même s’avérer contre-productives. En effet, une dissémination involontaire de fragments de certaines plantes peut favoriser leur propagation.
Il est donc proposé d’améliorer et d’harmoniser les pratiques de faucardage en se limitant aux espèces qui s’y prêtent et à certaines zones comme les ports publics, leur chenal d’accès, ainsi que les zones de baignade. Ailleurs, les herbiers ne devraient pas être touchés dans le but de maintenir l’équilibre et la diversité écologiques de la zone littorale. |
Les principaux sites de grande valeur
Plusieurs sites d’intérêt prépondérant du point de vue de leur valeur phytoécologique ont été identifiés. Il s’agit principalement de la région des Grangettes (VD), du secteur Rolle-Promenthoux (VD), de la Rade de Genève (GE), des baies des Pierrettes et de Morges (VD), ainsi que du port d’Yvoire (F), de Port Choiseul (GE) et de Port Ripaille (F).
Il est impératif que ces tronçons fassent l’objet d’une attention particulière dans le cas de futurs aménagements susceptibles de porter atteinte à la zone littorale. |
Les roselières du Léman : des pièces de musée ?
Ces milieux si intéressants, en particulier pour les poissons et les oiseaux d’eau, sont devenus à ce point rares qu’il faut agir à plusieurs niveaux :
Protéger les roselières existantes
Les entretenir en luttant contre l’envasement
Aménager de nouvelles roselières. |
QUELLE ÉVOLUTION DEPUIS 25 ANS ?
Les eaux du Léman
Il est intéressant de mettre en parallèle l’évolution des macrophytes et celle de la qualité des eaux du lac, devenue très préoccupante dans les années 70. Ensuite, grâce aux efforts entrepris par les collectivités concernées, la qualité des eaux s’est progressivement améliorée et le Léman est alors passé d’un état eutrophe (très riche en phosphore) à un état mésotrophe, ceci depuis le début des années 90.
L’amélioration est plus lente au niveau des sédiments dont dépendent certaines espèces enracinées. On ne constate aujourd’hui que quelques signes précurseurs d’une évolution qui s’étendra sur plusieurs années.
Concernant les roselières aquatiques, principalement celle des Grangettes, on constate également une évolution satisfaisante. Une forte régression des surfaces fut notée jusqu’au début des années 80. Depuis quelques années, l’amélioration de la qualité des eaux et la construction de digues de protection ont permis d’inverser cette évolution.
Conclusions
L’étude des macrophytes du Léman permet de visualiser et de quantifier la réaction des organismes aquatiques à l’évolution positive de l’état général du lac. Si chaque espèce a ses particularités, certaines d’entre elles, comme les characées, permettent actuellement de conclure à l’amélioration écologique globale de la zone littorale.
La comparaison avec d’autres lacs, comme ceux de Bienne et de Constance dont la qualité des eaux est plus satisfaisante que celle du Léman, permet de prévoir une évolution positive de la flore aquatique lémanique (augmentation de la diversité, réapparition d’espèces sensibles à la pollution) si l’état du lac continue de s’améliorer. D’autres habitants du lac, comme les poissons et les oiseaux d’eau, en profiteront.
Toutefois, des efforts restent à faire dans la gestion des rives (protection, renaturation) et la lutte contre la pollution (apports diffus d’origine agricole, rejets ponctuels d’eau non épurée, etc.).
Bibliographie
Les macrophytes du Léman. Lachavanne, J.-B. & Wattenhofer, R., CIPEL, Ed. Conservatoire botanique de Genève, 1975.
Plantes aquatiques du Léman. Cahiers & catalogues No 4 du Musée du Léman, Nyon.
Date : 16. 06. 2004